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Full text of "Stendhal"

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STENDHAL 

PAR AN ATOLE FRANCE 



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THE LIBRARY OF THE 

UNIVERSITY OF 

NORTH CAROLINA 




ENDOWED BY THE 

DIALECTIC AND PHILANTHROPIC 

SOCIETIES 



PQ21+36 
FT3 



This book is due at the LOUIS R. WILSON LIBRARY on the 
last date stamped under "Date Due." If not on hold it may be 
renewed by bringing it to the library. 


DATE DI?T 
DUE RET 


DATE 

DUE 1- 










































































































































Form No. 513 









Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/stendhalOOfran 



STENDHAL 



Tire a 200 exemplaires hors commerce dont : 
6 exemplaires sur Japon numerotes 1 a 6 ; 
Et 194 exemplaires sur Arches numerotes 7 a 200 5 pour 

les amis d'Edouard. 



Exetnplaire « At passe ». 



STENDHAL 

PAR ANATOLE FRANCE 



Les Amis d'Edouard 
N° 2$ 



A 
EDOUARD CHAMPION 

President du Comite Stendhal 
Edileur des CEuvres completes de Stendhal 

Son Men devout, 

a. r. 






Environ le temps ou Ton inaugura le 
monument de Stendhal dans le jardin du 
Luxembourg, un mien ami tres cher, qui 
est stendhalien, me demanda si j'aimais 
comme il le fallait, de tout coeur, ce deli- 
cieux homme. 

— Cest l'homme, — lui repondis-je, — 
le moins indifferent qui se soit jamais ren- 
contre et le plus communicatif ; et je me 
suis prive d'un grand plaisir en ne le fre- 



Siendhal 



quentant pas assez. II se montre a nous 
avec un naturel qui est la plus grande des 
seductions. II est toujours vrai, et quand il 
ment, ce qui lui arrive quelquefois : il le 
faut bien ; le mensonge est une des cons- 
tantes necessites de la vie ; sans le men- 
songe, il n'y aurait au monde ni art, ni 
beaute, ni amour. Eh bien ! quand il ment, 
il est vrai encore, naturel et semblable a 
lui-meme, intime, confidentiel et le plus 
galant homme du monde. Vousvoyez que 
je l'aime. Je l'admire aussi, bien que l'ad- 
miration n'aille pas toujours avec l'amitie. 
L'amitie est familiere et veut sourire et 
s'egayer ; elle va aux visages epanouis, 
aux coeurs ouverts et se refuse aux ames 
sombres et repliees ; on admire Pascal, on 
ne l'aime pas. On aime Stendhal, et Ton 



Stendhal 



se plait a le parcourir comme le plus acci- 
dente des esprits. 

— Eh bien ! pourquoi n'avez-vous pas 
dit cela ? — me demanda vivement mon 
ami. — Pourquoi n'avez-vous jamais rien 
ecrit sur Stendhal ? 

Je repondis qu'il etait fort indifferent 
que j'eusse ou n'eusse pas parle de Sten- 
dhal, que je n'etais pas capable de le faire 
pour la raison que je venais de dire : parce 
que je l'avais trop peu pratique et qu'il 
fallait laisser le soin de le faire connaitre 
a tant d'excellents ecrivains qui l'avaient 
soigneusement etudie. 

Enfin je donnai de bonnes raisons et il 
arriva cette fois, comme a l'ordinaire, 
qu'elles ne toucherent pas mon ami. Les 
bonnes raisons n'ont jamais persuade per- 



Stendhal 



sonne. Parfaiblesse et par amitie, je cedai, 
me disant qu'apres tout les quelques pages 
qu'on me demandait n'etaient pas une 
assez grande chose pour en disputer long- 
temps et qu'elles temoigneraient de mon 
attachement a la Revue de Paris. II me faut 
tenir ma promesse '. 

Commencez, Pierides ! 

Dans le desordre de mon sacre delire, 
je celebrerai d'abord les mollets de mon 
heros, 

II me souvient qu'au siecle dernier, 
Arsene Houssaye nous dit un jour, non 
sans admiration, que Stendhal avait la 
jambe belle. Le fait est que, dans l'amu- 
sant portrait qu'Henri Monnier a mis, je 

i. Ces lignes ont paru d'abord dans la Revue it Paris. 



Stendhal 



ne sais pourquoi, en tete des Somes de 
Neiiilly, notre auteur, en frac et en culotte, 
montre un mollet superbe. II prisait cet 
avantage et le faisait valoir par le choix 
qu'il faisait de ses culottes de cheval. II 
s'afflige quand il a renverse une tasse de 
cafe ail lait sur son beau pantalon neuf. II 
n'en faut pas sou'rire. Une belle jambe, 
sous Louis XIV, etait aussi estimee chez 
un homme que chez une femme, et Saint- 
Simon ne manque pas de noter que le 
chevalier de Rohan avait la plus belle 
jambe du royaume. Rigault, dans son 
portrait du roi. trousse le manteau pour 
faire valoir la cuisse. Au temps de Murat, 
de Junot, de Lassalle, le jarret etait estime. 
Pourquoi Beyle eut-il dedaigne ces pre- 
sents de la nature? Notre societe depuis 



Stendhal 



lors s'est montree, a cet endroit, un peu 
puritaine, mais les sports et 1'athletisme 
pourront bien nous ramener au culte de 
la beaute physique ; et qui sait les avan- 
tages que reservent a nos beaux hommes, 
les guerres que la folie des peuples, helas ! 
nous prepare. Beyle n'avait pas mauvaise 
grace a se rejouir des avantages que la 
nature lui avait accorde. Au reste ses por- 
traits nous font paraitre un visage gros et 
rond, mal gracieux et meme un peu comi- 
que, eclaire par de petits yeux petillants. 
Ce n'etait pas ce qui pouvait lui nuire aux 
yeux des femmes sur lesquelles il etait 
furieusement porte. Les femmes, d'ordi- 
nairecomptentpeu la purete des traits chez 
un homme. II avait un defaut beaucoup 
plus grave : il etait timide. Rien n'est plus 



Stendhal 



facheux. Sivous voulez etre beaucoup aime, 
beaucoup etsouvent, soyez borgne, bossu, 
boiteux, tout a votre aise, mais ne soyez 
pas timide. La timidite est contraire a 
l'amour et c'est un mal presque incurable. 
Nous devoirs au tres sagaee M. Paul 
Arbelet, qui a apporte a la biographie de 
notre auteur d'abondantes et precieuses 
contributions, de connaitre, par le menu 
et comme il faut, l'amour que Beyle res- 
sentit a vingt ans pour mademoiselle Vic- 
torine Mounier. Acet age, il disait comme 
Chrerubin, « Je vous aime », aux arbres, 
aux nuages, au vent. Ce qu'il y a de rare 
dans cette passion, qui dura cinq ans, 
c'est que si l'amoureux entendit une fois 
celle qu'il aimait jouer du piano dans un 
concert, il ne la vit jamais. II l'imaginait 



Stendhal 



fine, un peu maigre. Un jour, il apprit 
d'un de ses amis qu'elle etait epaisse et 
laide. Cette revelation l'etonna. Cest ainsi 
que, le chevalier de la Manche, plein 
d'amourpour sa dame Dulcinee, demande 
a son ecuyer comment il la trouve. « Elle 
a des yeux de perle », lui repond Sancho, 
ce qui jette don Quichotte dans une peni- 
ble surprise, et il demande si ce ne seraient 
pas les dents qui seraient de perle, car, si 
Ton y songe, des yeux de perle sont plus 
convenables a un poisson qu'a une dame. 
Le jeune Beyle usa de savants artifices 
pour emouvoir Victorine Mounier. Apres 
avoir seche pendant cinq ans « dans les 
feux, dans les larmes », il la vit pour la 
premiere fois, ou la crut voir, et lui 
adressa une question banale a laquelle il 



Stendhal 



lui sembla qu'elle repondit au moins par 
un geste. II conjecture que son habit et 
ses manieres d'elegant Parisien firent sur 
elle un grand efFet, mais il ne sait pas si 
elle le reconnut. C'est ainsi que finit le 
grand amour de Beyle pour Victorine 
Mounier. 

Nous devons encore a M. Arbelet, entre 
mille autres choses, de connaitre le jour- 
nal ou Ton peut suivre les amours mila- 
naisesqui, apres nombre d'annees perdues, 
furent couronnees par la comtesse Angela 
Pietragrua, devenue moins jolie, mais plus 
majestueuse. Enfin il fut aime ; M. Arbelet 
soupconne qu'il ne le fut pas gratuitement. 
Angela etait une coquine et son mari un 
ruffian. Beyle nean moins jouit de son 
triomphe sans ombrage. II etait perspicace, 



Stendhal 



mais ne l'etait pas au dela de ce qu'il est 
naturel de l'etre, et c'est parce qu'il reste 
toujoursdansla nature, qu'il nous plaittou- 
jours. Tel qu'il nous apparait, c'est un grand 
amoureux : « Dame, demoiselle, bour- 
geoise, paysanne, il ne trouve rien de trop 
chaud ni de trop froid pour lui. » Et il a 
une propension speciale pour les servantes 
d'hotel. 

C'etait beaucoup d'affaires pour un 
amoureux sujet a retomber dans sa timi- 
dite premiere. Heureusement qu'il s'en- 
hardit par 1'erTort continu d'un caractere 
energique. Cet avantage lui parut si con- 
siderable, qu'il l'erigea en systeme. II pro- 
fessa qu'une femme peut toujours etre 
prise d'assaut et que l'attaque, en ces ren- 
contres, est un devoir auquel un homme 



10 Stetidlxil 



nc saurait se derober sans honte. II ensei- 
gnait la jeunesse sur ces graves matieres 
et donnait aux jouvenceaux cinq minutes 
pour dire a une femme : « Je vous aime. » 
Cetait la doctrine, mais, dans le particu- 
lier, il resta troubadour. Son ami Prosper 
Merimee lui connut sur le tard deux 
amours-passions et ne le vit jamais 
qu'amoureux ou croyant l'etre. Je ne sais 
pourquoi il me revient a 1'esprit en ce 
moment une parole que M. Renan pro- 
nonca un soir sous la rose : ayant com- 
pare les mceurs des musulmans avec celles 
des chretiens, cet homme sage nous dit : 
« Les Europeens font preuve d'une deplo- 
rable indecision en tout ce qui concerns 
la conjonction des sexes. » 

II poussait les sentiments jusqu a une 



Stendhal n 



violence inouie. Sa mere, qu'il perdit 
encore enfant, lui inspira une passion qui 
alia jusqu'aux transports les plus ardents, 
il nourrit pour son pere une haine impla- 
cable ; la ville de Grenoble, ou il etait ne, 
lui faisait horreur. A vingt ans il embrassa 
la carriere militaire avec une sorte de delire. 
II alia en Italie, comme aide de camp du 
general Michaud. Cetait le temps ou Paul- 
Louis etait canonnier a cheval. On gardait 
alors beaucoup de liberie sous les armes. 
Beyle y put vivre a sa guise et vagabon- 
der a souhait. II n'etait pas meilleur soldat 
que Paul-Louis, mais il etait plus brave 
et montrait au besoin du sang-froid et de 
Tintrepidite. 

A Milan, durant les guerres, le hasard 
ingenieux trouva un motif de vignette 



12 Stendhal 



dans le gout de Charlet, de l'amusant 
Charlet du Memorial : il se plut a joindre 
dans une loge de la Scala un jeune offi- 
cier joufflu, enlumine, rable, le mollet 
tendu, a un vieux, long et melancolique 
general d'artillerie, Henri Beyle a Choder- 
los de Laclos. Beyle, des l'enfance, pio- 
chait Jes Liaisons dangereuses comme un 
manuel du bon seducteur. Or, nous 
savons par un disciple de Valmont, et l'un 
des plus fideles, le comte de Tilly, que 
Laclos avait rencontre a Grenoble une 
madame de Montmort qui lui avait. servi 
de modele pour la madame de Merteuil des 
Liaisons dangereuses et Tilly assure que pour 
la depravation 1'original egalait la copie. 
Mais madame de Merteuil devint borgne 
et si maltraitee de la petite verole quesa 



Stendhal l) 



personneapparut aussi laide que son ame. 
Cest l'art qui l'exige et veut etre moral. 
Madame de Montmort perd sa beaute avec 
le temps, comme toutes les femmes. Ce 
n'est pas une punition. Elle boite un peu, 
mais elle ne fait pas peur aux enfants a 
qui elle donne des noix confites. Elle est 
dans la nature, et la nature n'est pas 
morale ; elle ne recompense ni ne punit. 
On voudrait savoir si Beyle, grand ami 
de la verite, prit garde a cela quand il 
s'entretint avec Laclos. II etait deja curieux 
de litterature, mais il ne savait pas ce qu'il 
deviendrait et ne s'appliquait encore qu a 
l'art de vivre, qui est, apres tout, le plus 
difficile et le plus utile des arts, incertain, 
a cette heure, s'il serait negociant ou fonc- 
tionnaire. Et pour commencer l'ceuvre de 



/^ Stendhal 



sa vie, qui etait sa vie meme, il voyageait 
en Italic Et il voyageait dans la bonne 
maniere du president de Brosses, d'abord 
pour connaitre les hommes et principale- 
ment les femmes, puis la nature et les 
arts, mais avec cette difference que le pre- 
sident serra ses observations comme un 
magistrat qui compte bien retourner a 
l'heure dite en sa ville de Dijon, 

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage ! 

tandis que Beyle s'attarda, s'oublia sur 
cette terre de volupte et se fit cosmopolite. 

Je suis coocitoyen de tout homme qui pense. 

Jouir des choses fut son unique soin, 
au cours de ses promenades dans le plus 
beau des pays. Cest la terre ou Ton aime. 



Stendhal is 



Comment il y aima, nous l'avons assez 
fait entendre dans ce rapide griffonnage. 
Et pourtant, il ne fut pas epicurien, car 
ce n'est point l'etre que de l'etre, comme 
lui, avec emportement, avec fureur. Moins 
modere, moins cultive que le president 
de Brosses, moins doue pour les arts, ce 
qu'il gouta d'abord ce fut la musique ita- 
lienne. Sans etre musicien, il avait un 
sentiment tres vif de la melodie. Pourtant 
ce qu'il a ecrit sur Rossini parait aujour- 
d'hui tres vieux et fait sourire. Cela tient 
au sujet. II est surprenant que cet art, qui 
est commun aux oiseaux et aux hommes 
et qui devrait chez l'homme comme chez 
Foiseau presenter la stabilite des beautes 
naturelles, est au contraire le plus expose 
aux revolutions du gout et aux vicissi- 



16 Stendhal 



tudes du sentiment. Quoi ! la musiquc 
n'est soumise qua la loi des nombres, elle 
devrait etre fixe comme l'arithmetique et 
elle est a la merci de tous les caprices de 
la mode. Je voudrais bien qu'un musi- 
cien philosophe m'expliquat cette singula- 
rity. Enfin Stendhal parla congrument de 
la musique. II etait moins bien doue pour 
la peinture ; ses yeux n'etaient pas bons, 
il n'avait le sens ni de la couleur, ni du 
dessin. En s'appliquant, il arriva a jouir 
de la peinture. A force d'intelligenee, 
d'esprit, d'attention et grace a la hauteur 
de son esprit toujours tendu vers le beau, 
il devint connaisseur. II a bien parle du 
Correge et il faut lui en savoir gre. II a 
admire Raphael, qu'aujourd'hui le respect 
humain nous empeche de louer, parce 



Stendhal ij 



que ce n'est pas un peintre assez difficile. 
Un des grands torts de Stendhal est de 
croire que Tart du peintre et du sculpteur 
a pour but unique d'exprimer les senti- 
ments et de peindre les passions. Diderot 
donnait aussi dans ce travers. Devant un 
tableau il voulait etre emu. II exigeait que 
Greuze lui fit verser des larmes et, si 
Greuze le laissait calme, il l'accablait d'in- 
vectives. Semblablement, Beyle demande 
a l'art des emotions et nulle autre chose. 
Ni la richesse de la couleur, ni la correc- 
tion du dessin, ni le style de l'ouvrage, 
ni le caractere des figures ne l'interessent. 
Le « faire » ne l'emeut pas. II faut qu'un 
tableau lui arrache des sanglots, lui ins- 
pire de la colere, de l'amour, de la venera- 
tion, le fasse tomber en extase,"sans quoi 



/ S Stendhal 



il est bon a mettre au grenier. Dans le 
meme temps, lord Byron, a Milan, pleu- 
rait devant YAgar du Guerchin. Cest que 
tous ces excellents esprits n'etaient pas 
bien avances dans la connaissance de l'art. 
lis etaient comme M. Poirier qui s'emeut 
a la vue d'un tableau ou Ton voit un chien 
de Terre-Neuve sauvant un enfant ; a 
quoi son gendre, le marquis de Presle, 
replique qu'une peinture representant des 
oignons que Ton coupe tire aussi des 
larmes. Beyle se fait de l'art une idee un 
peu vulgaire et commune. L'art ne doit 
emouvoir qu'en orTrant le spectacle de la 
beaute. Dans ces dispositions il n'etait pas 
possible que notre curieux d'art sentit 
l'antique ; il le trouvait froid et sans 
expression. 



Stendhal iy 



Nous dirions, s'il fallait l'excuser, que, 
de son temps, on n'etait pas encore tres 
avance dans la connaissance de l'art helleni- 
que. Winkelmann ne voyait rien au-dessus 
de YApolJon du Belvedere et il ignorait les 
marbres grecs. Chateaubriand n'est pas en 
progres sur lui. Dans son Itineraire, il fait 
remonter les frontons du Parthenon a 
l'epoque d'Hadrien. Aujourd'hui ces chefs- 
d'oeuvre sont a portee de tous les sots, 
qui les offensent de leur admiration. 

Beyle avail son sculpteur ; c'etait un 
moderne, un contemporain, Canova, tout 
rayonnant alors d'une gloire europeenne. 
Beyle professait pour lui de l'admiration 
et du respect. Canova avait la grace et la 
noblesse. C'est pourtant une question de 
savoir ce que Beyle, amant de la nature, 



20 Stendhal 



pensait au dedans de lui de ce zele purifi- 
cateur de la chair, de ce statuaire moins 
voluptueux que Thorwaldsen lui-meme, 
qui communiquait au nu plus de chastete 
que n'en apportent d'ordinaire les voiles 
et les draperies et donnait a ses deesses 
une apparence de lampadaires. 

Pour ce qui est de l'architecture, Beyle, 
en depit de sa myopie, s'y plaisait et n'en 
raisonnait pas mal. II y a beaucoup de 
raison et de sentiment dans ses descrip- 
tions de Saint-Pierre de Rome et de la 
colonnade du Bernin. Si Ton excepte le 
dome de Milan qui, malgre sa beaute, a 
peu d'admirateurs, l'ltalie ne possede, 
autant dire, pas de grands monuments 
gothiques. Notre connaisseur ne s'en plai- 
gnait pas. II avait horreur de Tart chretien. 



.S.tendhal 21 



II ne pouvait souffrir ce qui est triste et 
s'en tenait sur les cathedrales au sentiment 
de Fenelon qui, dans son Dialogue sur 
f Eloquence, compare un mauvais sermon 
a une eglise gothique. C'est M^rimee, qui 
lui apprit a distinguer l'arc roman de Tare 
en tiers-point. L'archeologue qui e"tudia 
la Chaise-Dieu et Saint-Savin, le jeune 
Me"rimee ironique et froid, montrant au 
gros homme rougeaud qui tend le jarret 
une abside romane ornee de tetes coupees, 
voila encore un beau sujet de vignette ! 
Celle-la nous l'imaginons romantique, 
dans la maniere cruelle et satanique des 
lithographies dont Eugene Delacroix illus- 
tra le Faust de Goethe. Cette lithographie 
porterait pour legende en lettre gothique 
de style 1830 : 



22 Stendhal 



« Stend. — Non, je n'aime pas l'art 
triste. 

« Mer. — Ce qui amuse n'est pas triste. 
Voyez toute cette diablerie ! » 

Beyle, qui vieillissait, s'en tint a Percier 
et Fontaine et ne chercha pas une distrac- 
tion aux ennuis de la vie dans l'etude de 
l'art chretien. 

L'art, 1'amour, l'amitie, l'etude furent les 
amusements de ce galant homme. Sans 
etre traversee de malheurs extraordinaires, 
sa vie ne fut pas exempte des maux atta- 
ches a la condition humaine et dont le 
plus terrible est de penser. II ne fut pas 
sans eprouver des souffrances physiques 
et morales qu'il supporta avec ce courage 
habituel et ce stoi'cisme souriant qui for- 
maient le fond de son caractere. 



Stendhal 2j 



Ce qu'il parait avoir souffert le moins 
patiem merit en ce monde c'est le contact 
des sots. II les craignait plus encore que 
les mechants. En quoi il etait bien avise. 
« Les sots, disait Lamennais, sont plus 
redoutables que les mechants. Ceux-ci se 
reposent parfois, les sots jamais. » Oui, 
certes, le sot est plus redoutable que le 
mechant. C'est lui qui vous apporte la 
mauvaise nouvelle, c'est lui qui, juge 
integre, condamne l'innocent, qui, mede- 
cin repute, tue le malade, c'est lui qui 
cause les guerres et les pestes et sacrifie 
aux dieux cruels, c'est lui qui sur un 
tableau du Correge efface le visage deli- 
cieux d'lo, c'est lui qui, bon epoux, fait 
mourir a petit feu sa malheureuse femme. 
C'est l'ennemi naturel de la science, de la 



24 Stendhal 



beaute, de la liberte. Si Stendhal a force 
d'adresse et d'energie echappa quelquefois 
a la poursuite des sots, il est un hote, 
helas ! qu'il n'a pas evite et qui flit le fleau 
de sa vie ; cet hote invisible et silencieux, 
c'estl'ennui, l'ennui, l'insupportable ennui, 
le pire de nos ennemis : aupres de lui, la 
tristesse, avec ses voiles ondoyants et le 
jeu de ses ombres, nous sourit presque ; 
lui, il est nu, sans visage et sans forme et 
muet ; et dans notre vie d'un instant, il 
nous hante pendant des siecles. D'ou 
vient que ce compagnon qui s'attache a la 
plupart des hommes et prefere les esprits 
les plus cultives, semble a tous si affreux ? 
N'est-ce pas parce qu'il nous entretient de 
la condition humaine et nous revele ce 
que nous sommes ? Stendhal l'a connu 



Stendhal 2; 



autant et plus qu un autre, mais assure- 
ment il n'en eut pas parle, comme j'en 
parle ici, de peur de trop accorder a la me- 
lancolie et de donner dans le Senancour. 
Je dois cet hommage a son caractere. Disons 
enfin que du cruel ennui il se defendait en 
ecrivantsurtouteschoses etsur lui-meme. 
Mais dans sa vieillesse il eut deux ennemis 
qui lui amenaientle monstre par la main, 
la solitude et la pauvrete. Sa vie de fonc- 
tionnaire de Civita-Vecchia en fut empoi 7 
sonnee. . 

Beyle est par le fond de ses idees un 
hommeduxvin e siecle.Discipled'Helvetius 
et de Condillac, il se passait de Dieu dans 
sa philosophic aussifacilement que Laplace 
dans sa mecanique. Une dame disait 
d'Andre Chenier qu'il etait athee avec 



26 Stendhal 



delices ; Beyle l'etait, pour le moins, avec 
satisfaction, sans ostentation aucune, et 
sans la moindre envie d'amener l'espece 
humaine a cette creance. II etait aussi peu 
porte que possible a faire des proselytes 
et, s'il eut cru avoir les mains pleines de 
verites, il ne les eut pas ouvertes. Les opi- 
nions humaines lui inspiraient un mepris 
respectueux. 

En matiere de gouvernement, il fut 
tou jours partisan de la revolution. Jaco- 
bin, dans sa premiere jeunesse, il venerait 
Brutus et regardait Napoleon avec les yeux 
d'Arena. L'age tempera ces sentiments. 
On a de lui des fragments d'une histoire 
qui temoignent d'une vive admiration 
pour le vainqueur de Marengo. Mais, de- 
venu fonctionnaire, il resta republicain et 



Stendhal 2j 



liberal, et lit, dans l'intimite, figure d'un 
Cadct-Gassicourt. Les Bourbons lui inspi- 
rerent une aversion dont la Constance est 
remarquable en ce temps ou la versatility 
des esprits devancait les vicissitudes de la 
fortune et qui fournit aux pamphletaires 
la matiere d'un Dictionnairc des Girouettes 
plus gros qu'un Almanach royal. Pendant 
le Gouvernement de la Restauration, il 
temoignait a Beranger et a Manuel une 
vive amitie, detestait les pretres et dessi- 
nait des eteignoirs sur ses cahiers de notes, 
afin d'exprimer par cet embleme l'esprit 
de la congregation. II s'accommoda de la 
royaute de Juillet qui le decora comme 
fonctionnaire, ce qui lui fit un sensible 
plaisir. Ceux qui en douteraient donne- 
raient apenser qu'ils ne connaissent guere 



2 8 Stendhal 



les hommes, ou qu'ils croient que les 
grands esprits n'ont pas les faiblesses des 
petits : en quoi ils se tromperaient. 

Un trait de son caractere est trop sail- 
lant pour n'etre pas indique dans son por- 
trait meme laisse a letat de croquis rapide, 
II etait secret, cache, etrangement attentif 
a dissimuler ses actes. Engage sans cesse- 
dans des aventures d'amour, on conceit 
qu'il usat de discretion. Mais on s'apercoit 
bientot en dechiffrant ses papiers qu'il 
faisait comme beaucoup d'amoureux qui 
veulent tout taire et tout dire. Craignait-il 
la police, les espions, les sbires ? Sans 
doute les gouvernements sous lesquels il 
vivait justiiiaient de telles inquietudes. 
En 1820 la police autrichienne, le croyant 
affilie aux Carbonari, Texpulsa de Milan. 



Stendhal 2y 



Voila de quoi sans doute prendre des pre- 
cautions. Oui, sans doute, mais la cautele 
de Stendhal est d'une sorte toute particu- 
liere, si puerile quelle a tout 1'air d'un 
jeu et qu'on voit qu'il s'amuse. Est-il sur- 
prenant qu'un homme superieur s'egaye 
ainsi ? II n'y a que les sots qui ne se per- 
mettent jamais d'enfantillages. Ce grand 
romancier, dans les lenteurs de son exis- 
tence tranquille, se donnait l'illusion de 
courir, comme son Fabrice, les plus terri- 
bles perils. De la ces faux noms, ces ini- 
tiates, ces pseudonymes, ces mots myste- 
rieux, ces phrases anglaises ou italiennes, 
ces noms rayes a l'encre ou coupes au 
canifj tout cet appareil naif de mystere 
enfin, qui rend si difficile le dechiffrement 
de ses cahiers et fait le desespoir et les 



30 Stendhal 



delices de ses editeurs ; car un editeur 
aime aussi les aventures. Nous aimons 
tous les aventures. 

II y a des hommes de genie qui inte- 
ressent plus que leurs oeuvres, comme 
Leibnitz ; il y en a d'autres qui n'interes- 
sent que par ce qu'ils ont ecrit, Le Sage, 
par exemple. II me semble que lorsqu'on 
lit Beyle, cest Beyle qu'on cherche, et 
qu'on prefere l'homme qu'il fut aux plus 
belles inventions quil a laissees. Cest 
pourtant un incomparable essayiste et un 
tres grand romancier, et tres surprenant 
aussi, par son gout pour le romanesque et 
son mepris de la vraisemblance, qu f il a 
souvent sacrifiee a je ne sais quoi de plus 
grand. L'art de Beyle, si admirable dans le 
Rouge et le Noir et dans la Chartreuse, ne 



Stendhal 3 1 



fait pas prevoir l'art du romancier tel 
qu'il prevalut dans la suite du xix e siecle ; 
il se rapporte beaucoup mieux a celui de 
Richardson, de Jean-Jacques, de Laclos, 
de Benjamin Constant, de Gcethe, tout au 
moins par le soin exclusif de peindre les 
sentiments. Rien chez Beyle qui fasse pen- 
ser a Balzac, plus jeune que lui de seize 
ans, mais plus precoce, a fealzac si peintre 
et qui colorie si vivement les etres et les 
choses ; rien qui ressemble a Walter Scott 
leur aine a tous deux, abondant decora- 
teur, qu'il faut bien rappeler, puisqu'il 
etait de leur temps en possession, dans le 
monde entier, de tous les esprits et de tous 
les cceurs. 

Nous savons que Stendhal travaillait lon- 
guement son plan, mais qu'il n'a jamais 



J2 Stehdhal 



essay e beaucoup d'amender son style et que 
ses livres furent tous ecrits de premier jej. 
Cest ce qu'il fait entendre lui-meme en 
disant qu'il compte sur l'ordre des idees et 
non sur la qualite des termes et ne se 
soucie point du style. En faut-il induire 
qu'il n'ecrivait pas bien ? Non point. 
Fenelon non plus ne travaillait pas son 
style, il ne corrigeait guere ses phrases et, 
quand il les corrigeait, il les gatait. Or 
Fenelon etait tenu par Stendhal pour le 
plus agreable ecrivain du xvn e siecle et 
c'est une opinion encore suivie par plu- 
sieurs. Nous voila avertis que Beyle, 
comme Fenelon, n'estimait dans le style 
rien autre chose que le naturel. On en 
pourrait seulement induire qu'il n'etait 
pas artiste, ou du moins qu'il ne letait 



Stendhal )} 



pas plus que Fenelon. De toute evidence, 
il letait moins. Mais il y a bien des ma- 
nieres d'ecrire et Ton peut y reussir parfai- 
tement sans aucun art, de meme qu'il 
arrive d'etreun grand ecrivain sans correc- 
tion, a la facon de Henri IV dans ses Lettres 
et de Saint-Simon dans ses Mcmoires. 

Encore un coup, Beyle ecrivait-il bien ? 
Presse de repondre a cette question tout 
net ersans barguigner, je dirai d'abord que 
personne au temps de Beyle n'ecrivait 
bien, que la langue francaise etait tout a 
fait perdue et que tout auteur du com- 
mencement du xix e siecle, Chateaubriand 
aussi bien que Marchangy, tout auteur, 
dis-je, ecrivait mal, a l'exception du seul 
Paul-Louis Courier, dont le cas etait par-- 
ticulier. Paul-Louis Courier, s'avisant que 



)4 Stendhal 



la langue francaise avait peri, se fabriqua, 
pour son usage, un idiome avec des mor- 
ceaux d'Amyot et de La Fontaine. Cest 
tout le contraire de ce que fit notre Mila- 
nais et ces deux auteurs sont aussi dissem- 
blables qu'il est possible a des contempo- 
rains. 

— Enfin, — me poussez-vous, — Beyle 
ecrivait-il bien ? ecrivait-il mal ? 

— Eh bien ! Cherchez le langage fran- 
cais dans un chapitre du Pantagruel, ou 
des Essais de Montaigne, ou dans une page 
de ce vieil Amyot, dont Racine desesperait 
d'imiter la grace ; et vous sentirez tout 
de suite qu'on ne retrouvera pas dans les 
ages qui suivront une telle fleur, une telle 
venuste. Passez vite, et abordez les grands 
siecles. Si vous prenez alors, comme exem- 



Stendhal 35 



pie du bon style, la Conversation du mare- 
chal d'Hocquincourt avec le pere Cannaye, le 
Roman comique, les lettres de Racine sur Us 
Imaginaires, les Caracteres de La Bruyere, 
les Souvenirs de madame de Caylus, Beyle 
n'ecrit pas bien. Si vous prenez comme 
canon les Lettres persanes, YEssai sur les 
mceurs, les Contes de Voltaire, les Reveries 
du promeneur solitaire ou la Lett re sur les 
aveugles, Beyle n'ecrit pas bien. Mais, si 
vous le comparez, comme il est equitable 
et juste, a quelqu'un de ses contemporains 
et aux meilleurs, aux plus habiles et aux 
mieux doues, vous trouverez qu'il ecrit 
bien, qu'il ecrit tres bien, et vous vous 
assurerez qu'il l'emporte sur Chateau- 
briand pour la simplicite du discours et la 
probite du langage. 



?6 Stendhal 



Le desastre de la langue, commence 
dans la jeunesse de Mirabeau, grandit 
sous la Revolution, malgre ces geants de 
la tribune, Vergniaud, Saint-Just, Robes- 
pierre aupres desquels nos orateurs d'au- 
jourd'hui semblent des enfants criards ; 
malgre Camille Desmoulins, redacteur du 
dernier pamphlet bien ecrit que devait 
lire la France ; le mal s'aggrava encore 
sous l'Empire et la Restauration ; il appa- 
rut effroyable dans les ouvrages de Thiers 
et de Guizot. 

En ces temps deplorables, les ecrivains 
en qui subsistait encore le sens de l'exacti- 
tude et le gout de la forme, s'efforcerent 
d'echapper au fleau ; chacun, a Texemple 
de Paul-Louis, se composa un langage a 
sa convenance et selon ses moyens, et 



Stendhal )j 



Ton rechercha de toutes parts la singula- 
rite. L'originalite, que Ton ne goutait au 
xvn c siecle que dans le choix et l'ordre des 
idees, fut affectee dans les mots et les 
tournures de phrases, dans le vocabulaire 
et la syntaxe. Ce fut un mal si Ton consi- 
dere que, le langage etant fait pour la com- 
munaute des oreilles, toute singularity en 
doit etre bannie. Mais enfin, il fallait 
refaire la langue, et il se trouva, pour 
accomplir cette oeuvre, de bons artisans ; 
on en connut meme de prodigieux. Par 
malheur une trop curieuse originalite 
nuisit parfois a la clarte du discours ; trop 
d'appret et de soins en altera le naturel 
et la simplicite. Et 1'indirTerence de Sten- 
dhal pour le style est devenue des lors 
plus apparente. 



3<£ Stetuihaj- 



Toutes les decadences sont tristes. II 
faut plaindre le sort d'un Boece ou d'un 
Paul Orose. Craignons cependantde deplo- 
rer trop vite la ruirie des lettres francaises. 
Tacite n'ecrivait pas dans le siecle d'Au- 
guste et pourtant nous le lisons avec plus 
de plaisir et demotion que Tite-Live. 
Voila une belle fiche de consolation pour 
nos historiens. J'en offre une autre assez 
riche a nos romanciers et conteurs : qu'ils 
pensent a Petrone, a l'elegant Petrone, 
qui florissait sous Neron et que M. Salo- 
mon Reinach fait naitre, si je ne me 
trompe, a une epoque beaucoup plus basse 
encore. 

Sur les poetes, qui ont leur langage 
propre, et dont le declin ne fut pas regu- 
lier et continu comme celui des prosa- 



Stendhal )<) 



teurs, je ne dirai rien. Beyle m'a detourne 
d'eux ; il n'entendait rien a la poesie. 
Cetait un ennemi d'Apollon, un vrai 
Marsyas. 



40 Stendhal 



DEJA PARUS : 

L N", i. La Maitresse Servante, par Maurice Barres. 

E N° 2. Pour Psyche, par Charles Maurras. 

S N° 3 . Digression peacockienne, par Francis de Mio- 

MANDRE. 

A N° 4. Les preservatifs des dangers del' amour a tr avers 
les ages, par le D 1 ' Le Pileur. 

M N° 5. Prisme etrange de la maladie, par Francois 
Porche. 

1 N° 6. Je sors d'uu bal pare... par Remy de Gour- 

MONT. 

S N° 7. Uu professeur de snobisme, par Jacques Bou-^ 

LENGER. 

D' N° 8 . La comedie de celui qui epousa tinefemme muelte, 
par Anatole France. 

E N° 9. Regards sur le aid d'un rossignol de mur allies, 
par Andre Rouveyre. 

D N° 10. Le Suicide, conte, par Fernand Vanderem. 



O N° 1 1 . Eglogues unities de Virgile, par Emile 
Henriot. 

U N° 12. Hommage au General Charette, par Jerome 
et Jean Tharaud. 

A N° 13. Les CEufs, de Charles Perrault, publie par 
Marcel Boulenger. 

R N° 14. Jean Lorrain, par Octave Uzanne. 

D N° 1 5 . M. Ernest Renan dans la Basse-Bretagne, par 
Charles Le Goffic. 

S N° 16. Les lecons de Florence, par Jean Longnon. 

O N" 17. La veille de la Sainte-Agnes, par John 
Keats, traduction de Madame la Duchesne 
de Clermont-Tonnerre. 

N N° 18. En marge des « Confidences », par Louis 
Barthou. 

T N° 19. Le Tasse a V Abb aye de Cbdalis, par Louis 

GlLLET. 

L N° 20. A Antoine, par Edmond Rostand. 
E N° 2 1 . Le Miracle, par Georges Duhamel. 
S' N° 22. Mon premier grand Chagrin, par Pierre Loti. 



P 1ST 23. Stendhal, par Un des Quarante [Paul 
Bourget] 

L N° 24. Hommage a Stendhal, par Edouard Cham- 
pion. 

U N°25. Stendhal, par Anatole France. 

S N° 26. Alaiii-Fournier, par Edmond Pilon. 

A N° 27. La folk journee, par Emile Mazaud. 
I N° 28. Retonr des Drapeanx, par le General Lyautey. 
M N° 29. Les « Harmonies » toscanes, par Gabriel Faure. 



I M P R I M E R I E 

F. PAILLART 

ABBEVILLE 



Novembrc 1920 







11IH lldVHO IV ON JO AllStliAINn